
11 solutions pour contrôler vos maquettes DOE et le "Tel Que Construit"
Vérifier la conformité d'une maquette DOE (Dossier d'Ouvrages Exécutés) avec la réalité du terrain (le "Tel Que Construit" ou TQC) est l'un des défis majeurs en phase de réception de chantier. Si le scan 3D apparaît souvent comme la solution royale, son coût et sa lourdeur poussent les BIM Managers et AMO BIM à chercher des alternatives pragmatiques. Tour d'horizon des méthodes et outils plébiscités par les professionnels sur le terrain.
L'objectif du contrôle TQC n'est pas toujours d'obtenir une précision millimétrique. Bien souvent, les attentes, notamment du côté de la Maîtrise d'Œuvre (MOE) ou de l'Assistance à Maîtrise d'Ouvrage (AMO), se situent à un niveau de tolérance plus souple : s'assurer que les équipements modélisés sont bel et bien présents sur site, qu'ils se trouvent du bon côté de la circulation, ou encore vérifier qu'une gaine passe au pied du mur et non en hauteur.
Face à ce besoin d'un "entre-deux" – plus évolué que le simple mètre laser, mais moins onéreux et complexe qu'un relevé par nuage de points complet –, quelles sont les solutions qui s'offrent aux acteurs de la construction ?
Le problème du timing : ne pas attendre le DOE
Une règle fait l'unanimité : le contrôle lors de la livraison du DOE arrive trop tard. La vérification doit s'anticiper bien en amont de la réception, idéalement en fin de synthèse technique ou lors de la préparation du GOE (Guide des Ouvrages Exécutés). Les contrôles sur site doivent s'opérer au rythme de l'avancement du chantier, par "échantillonnage" visuel. Il est crucial de valider la position des réseaux techniques avant la pose des faux plafonds, puis de vérifier les terminaux autour de la réception.
Cette temporalité fragmentée rend l'usage exclusif du scan 3D difficile. Puisque l'avancement diffère fortement d'une zone à l'autre, il faudrait multiplier les campagnes de scans, ce qui engendre des coûts prohibitifs et un travail fastidieux de recalage des nuages de points.
Les outils de suivi de chantier et plateformes collaboratives
Pour documenter les écarts, tracer les validations et superposer visuellement la maquette avec la réalité, les plateformes collaboratives tirent leur épingle du jeu.
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Revizto permet la confrontation directe entre la maquette et le terrain via des "issues" (sujets) géolocalisées, des annotations 2D/3D associées à des photos de chantier. Son atout majeur réside dans son intégration native (et sans surcoût) de la gestion des nuages de points, couplée à un module de réalité augmentée.
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Dalux (Field & Sitewalk) pour naviguer dans la maquette sur site, créer des BCF, associer des photos et des commentaires. Le module Sitewalk permet une visite virtuelle calée sur la maquette. Seul bémol soulevé par certains acteurs (notamment les AMO) : son modèle économique, conçu principalement pour les Entreprises Générales, peut s'avérer très coûteux pour un usage restreint à la vérification périodique.
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L'écosystème Autodesk Construction Cloud (ACC) Pour ceux évoluant déjà dans l'environnement Autodesk, la combinaison d'ACC Model Coordination (pour la détection d'incohérences) et d'ACC Build (pour le suivi terrain, la levée de réserves via les "Issues" et la gestion des "Assets") permet de structurer efficacement le suivi de conformité des équipements sans sortir de la plateforme.
- Catenda Site assure la continuité entre le bureau et le chantier en rendant l'ensemble de l'EDC (Environnement de Données Commun) accessible en mobilité. Pour le contrôle DOE, son intérêt réside dans sa gestion fluide des BCF et son approche "utilisateurs illimités", facilitant l'implication de tous les sous-traitants sans surcoût. On y retrouve une visionneuse 2D/3D performante pour inspecter les détails, consulter les fiches techniques et synchroniser les tâches en temps réel, garantissant que l'information terrain remonte instantanément dans le système central.
La capture de réalité "légère" : Photos 360° et IA
Lorsqu'on souhaite éviter le nuage de points tout en gardant une trace visuelle exhaustive du chantier, la capture à 360° couplée à l'Intelligence Artificielle représente la voie de développement la plus prometteuse.
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OpenSpace (et OpenSpace AI) / Cupix Ces solutions permettent à un opérateur d'arpenter le chantier avec une caméra 360° fixée sur le casque. L'intelligence artificielle se charge ensuite d'aligner automatiquement le parcours photographique avec la maquette BIM. L'utilisateur peut ainsi se "promener" dans un split-screen : la réalité à gauche, la maquette à droite. C'est idéal pour un contrôle visuel rapide et pour l'historisation des réseaux avant fermeture des cloisons.
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Cintoo / ClearEdge3D Cintoo permet d'exploiter des photos 360° ou des relevés légers, transformés en maillages 3D (meshes) très faciles à afficher dans un navigateur web, pour les comparer à la maquette. ClearEdge3D propose quant à lui des solutions de détection semi-automatisée d'écarts à partir de relevés laser ponctuels.
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Imerso / Buildots Ces outils vont plus loin en automatisant la comparaison entre les captures de la réalité (scans ou caméras) et la maquette, permettant de remonter de manière proactive les déviations géométriques ou les retards de planning.
La Réalité Augmentée (AR) : Toujours pertinente ?
Bien que l'AR ne soit pas toujours la solution privilégiée en raison des contraintes d'éclairage ou de calibration sur chantier, des outils spécialisés comme GAMMA AR ou IARA restent des options très pertinentes. Ils permettent de superposer directement sur tablette ou smartphone le modèle 3D à l'environnement réel, facilitant la détection immédiate des réseaux manquants ou mal positionnés.
En conclusion
Il n'existe pas de "solution magique" unique. Le choix de l'outil pour valider un TQC dépendra de trois facteurs :
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Le budget alloué (le modèle économique doit correspondre au profil de l'utilisateur : Entreprise, MOE ou AMO).
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Le niveau de tolérance exigé (de la simple vérification de présence à l'exactitude centimétrique).
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Le matériel disponible (tablette classique, caméra 360°, ou scanner allégé).
Si le scan 3D demeure l'ultime garantie juridique et technique, les plateformes de suivi visuel (Revizto, Dalux) couplées aux captures 360° (OpenSpace, Cupix) offrent aujourd'hui le compromis le plus efficace pour s'assurer d'un DOE de qualité, fidèle à la réalité du terrain.


