Bonsai Viewer : un viewer IFC libre charge un million d'objets en 10 secondes
NouveauIfcOpenShell, bibliothèque open source de référence pour la manipulation de données IFC, a ouvert fin mai au test public un viewer dédié à la coordination multi-modèles, Bonsai Viewer. L'intérêt n'est pas l'annonce en soi, mais ce qu'elle place pour la première fois en accès libre sur un terrain jusqu'ici tenu par des outils propriétaires.
Le chiffre qui structure le projet. Selon les tests rapportés par le mainteneur, le viewer charge 111 modèles réels totalisant plus d'un million d'objets en moins de 10 secondes, avec une navigation à 60 images par seconde pour environ 4 Go de mémoire. L'intérêt n'est pas la performance brute mais le mécanisme qui la permet, car c'est lui qui détermine les usages possibles.
Comment c'est obtenu : un cache géométrique précalculé. Le premier chargement d'un fichier traite l'intégralité de la géométrie ; les ouvertures suivantes lisent un cache et deviennent quasi instantanées. Le coût de calcul est donc payé une fois, pas à chaque session, ce qui change la logique d'usage sur des fédérations lourdes consultées de façon répétée. Ce cache peut être généré côté serveur puis synchronisé : une équipe peut récupérer une fédération déjà préparée plutôt que de la recalculer poste par poste. C'est une approche proche de ce que font des formats comme XKT ou Fragments, transposée ici dans un outil libre.
Le cache géométrique peut être couplé à une base de données IFC. Le projet travaille en parallèle sur une représentation des données IFC en base (nommée provisoirement RDB), présentée comme un substitut au format SPF texte offrant des temps d'ouverture très réduits et une empreinte mémoire faible, pour environ la moitié de la taille du fichier d'origine. Couplée au cache géométrique, cette approche vise des temps d'ouverture quasi nuls avec une mémoire contenue, y compris sur de très gros volumes. C'est encore en chantier, mais c'est ce qui sous-tend les chiffres annoncés.
Fonctions disponibles dans la version de test. Navigation, vues orthographiques, mesure de distances, surfaces et volumes, isolation et masquage d'éléments. Deux éléments méritent l'attention sur la donnée : le géoréférencement est pris en charge, présenté par le projet comme un point de différenciation sur la gestion correcte des coordonnées, sujet de friction récurrent dès qu'interviennent infrastructure ou multi-sites ; et une connexion cloud est intégrée, pour l'instant limitée à un connecteur Autodesk, avec cache local pour des rechargements rapides.
Le périmètre exact, sans surévaluation. Bonsai Viewer est aujourd'hui un viewer, pas une plateforme de coordination complète. Comparé à Revizto, BIMcollab ou Solibri, il ne couvre pas encore la détection de clashs intégrée, le suivi des problèmes via BCF, ni la vérification par règles ou IDS. Ces capacités existent ailleurs dans l'écosystème IfcOpenShell (IfcClash pour les conflits, support BCF et IDS dans Bonsai) mais ne sont pas réunies dans ce viewer. Le projet le précise lui-même : l'affichage des données (propriétés, arborescence spatiale) reste à l'état de maquette, et la stabilité comme l'exactitude géométrique sont des chantiers ouverts.
Disponibilité et usage réaliste. Des builds Linux et Windows sont accessibles via le système de build officiel du projet (builds.ifcopenshell.org), une version macOS et une version web étant annoncées. Plusieurs noyaux géométriques peuvent être testés, avec des compromis assumés entre vitesse et exactitude. L'usage pertinent aujourd'hui n'est pas le remplacement d'une plateforme établie, mais la revue visuelle rapide de fédérations volumineuses sans coût de licence, et l'observation d'une trajectoire : celle d'une première brique libre sur un segment resté propriétaire.


