CoNumCT : Vers une "Team France" du numérique pour la construction et les territoires ?
Ce 10 décembre 2025 marque-t-il la fin de la dispersion des initiatives numériques en France ? En réunissant à Bercy une "invincible armada" d'acteurs publics et privés sous la bannière du CoNumCT (Collectif du Numérique pour la Construction et les Territoires), la filière tente un pari risqué mais nécessaire : aligner enfin le bâtiment, l'infrastructure et l'aménagement du territoire. Mais derrière les photos officielles et les lettres d'intention, qu'est-ce que cela change concrètement pour les professionnels du BIM et de la Data ? Analyse.
Le contexte : De la fragmentation à la convergence forcée
Depuis la fin du Plan BIM 2022, la filière semblait chercher son nouveau souffle politique. Le lancement du CoNumCT vient combler ce vide, mais avec un changement de périmètre majeur. Nous ne parlons plus seulement de "BIM" ou de "Maquette numérique", mais d'une fusion stratégique entre la Construction et les Territoires.
La présence conjointe de l'AFIGEO (Information Géographique) et de bSFrance (OpenBIM) aux côtés des fédérations (FFB, FNTP, Syntec-Ingénierie) entérine une réalité technique que nous observons tous sur le terrain : la convergence inévitable entre le BIM et le SIG (CIM/LIM). Ce n'est plus une option, c'est la structure même du collectif.
Le "Game Changer" : L'entrée en scène du SGPE
C'est le point le plus crucial de cette annonce, qui pourrait passer inaperçu pour les non-initiés. La coordination future est placée sous l'égide du Secrétariat général à la planification écologique (SGPE). Pourquoi est-ce important ?
- Le poids politique : Le SGPE est rattaché au Premier ministre. Cela sort le numérique de sa tour d'ivoire technique pour le placer comme outil au service de la transition écologique.
- La fin du "BIM pour le BIM" : L'axe 5 du collectif est explicite : "Modèles économiques et transition écologique". Le message est clair : le numérique devra prouver sa rentabilité et sa sobriété.
Les 5 Axes : Ce qu'il faut lire entre les lignes
Le collectif a défini une feuille de route en cinq points. Pour l'expert Hexabim, voici la traduction opérationnelle :
- Souveraineté (Axe 1) & Espaces de données (Axe 3) : C'est une réponse directe aux craintes d'hégémonie des GAFAM sur la donnée bâtimentaire. L'objectif est d'aligner la France sur les "Data Spaces" européens et de protéger la propriété intellectuelle. Reste à voir si cela aboutira à un cloud souverain sectoriel ou à de simples chartes de bonne conduite.
- Interopérabilité (Axe 2) : On retrouve ici le cœur de métier de bSFrance et MINnD2050. Rien de nouveau sur le papier, mais l'ambition est d'harmoniser les échanges pour des données "réutilisables tout au long du cycle de vie". La présence des maîtres d'ouvrage (via les fédérations) sera clé pour imposer l'IFC et les formats ouverts.
- Jumeaux Numériques Territoriaux (Axe 4) : C'est le chantier le plus ambitieux. Définir une "doctrine et un socle national commun" pour les JNT. Attention ici au risque d'usine à gaz : vouloir normaliser tous les jumeaux territoriaux pourrait freiner l'innovation locale si le cadre est trop rigide.
Le CoNumCT a le mérite immense de réunir tout le monde autour de la table et de connecter enfin le "tuyau" (infra/réseaux) avec le "bâtiment" et le "territoire". Le pilotage par le SGPE est un signal fort : le numérique est désormais un actif stratégique de l'État pour la décarbonation. Pour la communauté Hexabim, c'est une excellente nouvelle sur le fond, mais nous jugerons sur les actes : les premiers livrables techniques et, surtout, les moyens financiers qui seront alloués à cette ambition souveraine.