
Le BIM en France face aux modèles étrangers : constats et pistes
Reprenons le fil de notre série d'analyses fondées sur les données HEXABIM. Après avoir exploré les blocages persistants de l'adoption du BIM, les enjeux environnementaux, puis la transformation progressive des métiers, il est temps de prendre un peu de recul.
Car si la France avance, elle n'avance pas seule. D'autres pays expérimentent, structurent, imposent parfois. Et chacun y va de sa stratégie. Dans ce contexte global en mouvement, où en est réellement le BIM à la française ? Quels sont ses points d'appui, ses fragilités, ses marges de progression ? Grâce aux observations issues de notre veille communautaire et des échanges de ces dernières années, voici un tour d'horizon éclairé par ce qui se fait ailleurs — sans surenchère ni complexe.
Des bases solides… mais à géométrie variable
La France n'est pas en reste quand il s'agit de structurer sa transition numérique. Depuis dix ans, plusieurs signaux vont dans le bon sens :
- Un cadre normatif en place : L'ISO 19650 fait peu à peu son nid dans les pratiques. Le Plan BIM 2022 a donné une impulsion, même si son impact reste inégal.
- Des projets de référence : Le Grand Paris, les JO 2024, les grands équipements hospitaliers ou ferroviaires ont démontré qu'un BIM bien intégré peut faire la différence sur des projets complexes.
Mais ces avancées restent parfois concentrées sur les grands acteurs et les grandes villes. Une fracture territoriale et structurelle subsiste.
Un BIM encore trop inégalement distribué
Côté revers de la médaille, plusieurs freins ralentissent l'élan :
- Des disparités fortes : Entre les majors et les PME, entre Paris et les territoires, les niveaux de maturité sont très variables. Pour beaucoup, le BIM reste encore une perspective lointaine.
- Une offre de formation insuffisante : Les retours analysés sur HEXABIM pointent un manque d'options accessibles pour les artisans, les TPE ou les structures éloignées des grandes métropoles.
Le résultat ? Une diffusion fragmentée du BIM, avec des îlots d'excellence mais encore peu de cap commun.
Inspirations étrangères : ce que font les pays en avance
Dans notre analyse, deux modèles ressortent :
- Le Royaume-Uni : L'obligation du BIM dans les marchés publics depuis 2016 a structuré tout un écosystème. Le résultat est clair : interopérabilité renforcée, montée en compétence généralisée, meilleure organisation des projets.
- Les pays nordiques : En Suède ou en Norvège, la priorité est donnée à la durabilité et à la collaboration. Le BIM y est un outil partagé, intégré dès la conception pour servir des objectifs environnementaux ambitieux.
Dans les deux cas, l'approche est à la fois systémique et inclusive — deux éléments encore à renforcer côté français.
Quelles pistes concrètes pour accélérer ?
Les retours d'expérience collectés sur HEXABIM suggèrent plusieurs leviers immédiats :
- Former autrement : Des cursus courts, ciblés et accessibles sont attendus, notamment en ligne, pour les profils éloignés des grandes écoles ou des centres de formation.
- Soutenir les petits acteurs : Subventions, groupements d'achat, logiciels plus abordables… Il est temps de faciliter l'accès à l'écosystème BIM pour tous.
- Mettre en lumière les réussites locales : Car oui, il existe déjà des exemples inspirants partout en France. Les valoriser, c'est prouver que c'est possible.
Concluons…
La France n'a pas à rougir. Elle avance, parfois vite, souvent bien. Mais pour rattraper les locomotives du BIM, elle doit encore élargir sa base, simplifier l'accès, encourager la montée en compétence à tous les niveaux. Le BIM, ce n'est pas un sprint d'initiés, c'est un effort collectif. Alors, à quand un BIM à la française… pour tous ?
À suivre : prochain arrêt de notre série, un détour par les communautés BIM — ces réseaux qui font vivre la transition numérique au quotidien.
Commentaires
Très peu en France, hormis la "convention BIM".


