Marchés Publics : Vers un openBIM obligatoire en Europe dès 25M€ ?
Fini le temps des expérimentations isolées et du "BIM à la carte". Avec son nouveau Position Paper, l’EU BIM Task Group ne se contente plus de suggérer : il appelle l'Europe à harmoniser les règles du jeu. Seuil de 25 millions d'euros, openBIM obligatoire, templates prêts à l'emploi... Voici pourquoi la commande publique risque de changer de visage dès l'année prochaine.
Si vous travaillez sur des projets publics en Europe, vous connaissez la chanson : d'un pays à l'autre (voire d'une région à l'autre), les exigences BIM changent du tout au tout. Pour les entreprises qui veulent exporter leur savoir-faire, c’est un véritable parcours du combattant.
C’est précisément ce "bricolage" national que l'EU BIM Task Group veut arrêter. Ce groupe, qui rassemble la "crème" des maîtres d'ouvrage publics européens (ministères, agences immobilières d’État), vient de publier sa vision pour 2025-2026. Nous avons décortiqué le document et échangé avec son vice-président, Dmitrijs Kots. Résultat ? Le message est clair : l’heure de la standardisation a sonné.
La fin de la "3D gadget" : Place à l'ISO 19650
Première rupture : le rapport veut en finir avec l'image du BIM comme une simple "couche technologique" supplémentaire.
"En 2025, nous n'avons plus besoin de prouver l'utilité du BIM", nous explique Dmitrijs Kots. Le problème, c'est que beaucoup de décideurs publics voient encore le BIM comme une complexité coûteuse.
Le Position Paper remet l'église au milieu du village : le BIM n'est pas un logiciel, c'est une méthode de gestion de l'information (basée sur l'ISO 19650). L'objectif n'est pas de faire de belles images, mais de structurer la donnée pour gérer le cycle de vie de l'actif. C'est ce changement de posture qui doit permettre de débloquer les vrais budgets.
La mesure phare : L'openBIM obligatoire dès 25 M€
C'est l'information qui va faire du bruit. Pour créer un véritable marché unique numérique, le groupe recommande à la Commission Européenne d'imposer des règles communes.
La proposition ? Rendre l'utilisation de l'openBIM (formats neutres et interopérables) obligatoire pour tous les projets publics de construction et de rénovation dépassant un seuil estimé à 25 millions d'euros.
Concrètement, cela signifie :
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La fin des formats propriétaires imposés dans les appels d'offres publics majeurs.
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Une garantie pour les entreprises de pouvoir répondre à des marchés dans toute l'UE avec les mêmes standards d'échange.
"Arrêtons de réinventer la roue"
C’est la phrase choc de Dmitrijs Kots : "Stop reinventing the bicycle". Aujourd'hui, trop de maîtres d'ouvrage rédigent leurs chartes BIM dans leur coin, souvent de manière maladroite.
Pour 2026, la stratégie est pragmatique : fournir aux acheteurs publics des "templates" (modèles) européens. L'idée est d'avoir des clauses techniques et contractuelles standardisées, prêtes à être copiées-collées dans les marchés nationaux.
L'avantage pour vous ? Si ces templates se généralisent, la structure des appels d'offres deviendra prévisible, quel que soit le client. Le rapport évoque même l'utilisation de ces standards pour automatiser la vérification des offres (comparatif des quantités et des budgets via les fichiers IFC).
L'argument qui tue : 10 à 20 % d'économies
Pourquoi l'Europe suivrait-elle ces recommandations ? Parce que les caisses sont vides et que la planète chauffe. Le document appuie sa demande sur des chiffres solides :
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ROI Financier : Une économie estimée entre 10 et 20 % sur le cycle de vie total des projets, grâce à une meilleure gestion des risques et moins d'imprévus chantier.
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Impact Écolo : Le BTP génère énormément de déchets. Le BIM, en fiabilisant les quantités et en permettant l'analyse du cycle de vie (ACV) dès la conception, pourrait réduire le volume des déchets de 15 %.
Ce qu'il faut retenir pour votre activité
Ce Position Paper 2025 n'est pas une loi, c'est une feuille de route politique. Mais venant de l'instance qui conseille directement la Commission Européenne, il préfigure fortement les directives à venir.
Pour la communauté HexaBIM, le signal est double :
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L'openBIM et l'ISO 19650 vont devenir les "langues officielles" incontournables des gros projets publics.
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L'époque du "BIM artisanal" touche à sa fin sur les grands marchés : préparez-vous à des cahiers des charges plus standardisés, mais aussi plus exigeants sur la gestion de la donnée.
Et vous, pensez-vous qu'un seuil obligatoire à 25M€ soit la bonne solution pour accélérer l'adoption du BIM ? On en discute en commentaires !