Du plan 2D à Revit : Claude et Autodesk Assistant à l’épreuve du BIM
À partir d’un plan d’appartement, peut-on générer une visite 3D, préparer des variantes, créer un IFC, puis confronter le modèle à un BEP dans Revit ? Sébastien Russo, ingénieur d’application et coordinateur BIM chez Mensch und Maschine Suisse, a documenté plusieurs essais avec Claude, ChatGPT et Autodesk Assistant. Voici les résultats observés, et les points qui restent à vérifier.
Quatre niveaux manquants, des feuilles absentes, des exigences non respectées : le rapport d’Autodesk Assistant semble catégorique. Pourtant, ces écarts sont attendus. Pour éprouver le diagnostic, Sébastien Russo a volontairement joint à sa maquette de logement le BEP d’un tout autre projet.
Cet essai conclut une série d’expérimentations commencée avec un simple plan 2D. Le parcours montre ce que les outils produisent déjà, mais aussi la différence entre un résultat visuellement convaincant, un modèle exploitable et un livrable conforme.
Un plan, deux assistants, deux visites 3D
Sébastien commence avec le plan d’un appartement et un descriptif de travaux d’environ 40 pages, sans fournir de maquette 3D. Il transmet les mêmes documents et une demande comparable à Claude Opus 5.5 et ChatGPT Astra 6 : créer une visite animée de 30 secondes, présenter les espaces et détailler un élément constructif.
Les deux vidéos sont produites en une heure environ chacune, sans reprise approfondie. Les volumes et la distribution des pièces deviennent lisibles. Mais des défauts apparaissent : Claude représente les couches d’une paroi comme des panneaux qui coulissent, tandis que la version ChatGPT présente notamment des approximations dans les jonctions et le mobilier.

Sébastien propose ensuite à un proche, sans expérience des logiciels du bâtiment, de créer sa propre visite interactive avec Claude. Après quelques demandes, celui-ci obtient une navigation dans le logement avec une lumière d’ambiance réglable. L’orientation et l’ensoleillement restent toutefois indicatifs.
Cette visualisation peut servir de support aux échanges avec les concepteurs, tout en restant indicative.
Des variantes utiles pour préparer la discussion
Claude produit ensuite deux variantes d’aménagement. La première propose une suite parentale et un WC invités ; la seconde privilégie les rangements et la polyvalence, avec dressing, bureau et buanderie. Les plans s’accompagnent d’explications et de questions pour l’architecte sur les raccordements, les cloisons, la ventilation et le coût des modifications.

Un problème apparaît au cours de l’exercice : le WC supplémentaire est initialement placé sur une armoire technique. La proposition est corrigée. Les documents présentent aussi des écarts entre certaines surfaces.

Les variantes générées permettent de comparer plusieurs aménagements, de préciser les attentes et de préparer les questions à poser à l’architecte. Leur faisabilité reste à vérifier avec les professionnels.
Un premier modèle IFC généré avec Claude et ouvert dans Revit
Sébastien pousse l’essai jusqu’à demander un fichier IFC. Claude produit un IFC4 à l’aide d’un script IfcOpenShell, comprenant notamment 15 murs, 5 portes, 5 fenêtres et 9 espaces. Le fichier s’ouvre dans une visionneuse IFC puis dans Revit ; certaines parois y sont identifiées comme des murs.

Il ne s’agit donc pas d’une simple image 3D. Mais la structure IFC ne garantit pas sa qualité. Sébastien relève des dalles fragmentées, des vides, des espaces découpés de manière approximative et des informations absentes. Les jeux de quantités IFC manquent, tout comme certaines propriétés thermiques, acoustiques et de résistance au feu. Des références au projet subsistent malgré la demande d’anonymisation.
Il n’avait pas imposé de cahier des charges IFC détaillé ni d’exigences d’échange. Le résultat doit être lu dans ce contexte : une base expérimentale pour poursuivre les essais, pas une maquette prête pour la coordination.
Revit : que vaut un diagnostic appuyé sur le BEP ?
Dans Revit 2027.3, Sébastien joint à Autodesk Assistant le BEP d’un projet de gare, alors que le modèle ouvert représente le logement issu de l’IFC. L’Assistant signale quatre niveaux requis absents, ainsi que les feuilles demandées par le document. Le résultat est cohérent avec la différence volontaire entre les deux projets.

L’outil formule des actions correctives, mais ne les exécute pas dans cet essai. Il reconnaît également ne pas avoir vérifié automatiquement certains paramètres, l’export IFC ou d’autres informations de livraison. Une autre démonstration, menée sur une maquette d’exemple distincte, présente un diagnostic plus détaillé. Là encore, il s’agit d’un rapport, pas de corrections appliquées.
Le point intéressant est la possibilité de confronter un document d’exigences aux informations accessibles dans Revit. Ce n’est pas encore la preuve d’un contrôle exhaustif de conformité BIM.
Cette fois, l’Assistant modifie réellement le modèle
Une dernière vidéo montre une situation différente : Sébastien prépare une maquette d’exemple et joint un BEP simplifié d’une page. Les exigences portent sur un niveau « N00 Rez » à 0,00 m, une feuille A-PLAN-N00 et une propriété SurfaceHabitable attendue dans ePset_Logement sur les espaces IFC.

Ce document court répond à une limite observée pendant ses essais : les BEP plus volumineux provoquent parfois des interruptions de l’analyse. Une erreur survient encore pendant cette démonstration, avant une relance.
Après confirmation de Sébastien, l’Assistant renomme le niveau « Attique » en « N00 Rez ». Il renomme également une feuille en A-PLAN-N00, tout en conservant le numéro A101. Ces deux changements sont visibles dans l’arborescence Revit, indépendamment des messages du chat.

L’Assistant annonce aussi une correction de l’altitude à 0,00 m, mais la valeur finale n’est pas contrôlée indépendamment dans l’enregistrement. Quant au paramètre partagé SurfaceHabitable, il indique qu’une intervention manuelle reste nécessaire pour les neuf espaces.
Le diagnostic contient par ailleurs des alertes sur les pièces « Hall2 », « Hall3 » et « Cuisine », sans citer de règle du BEP simplifié qui justifierait leur non-conformité. Un conseil de nommage ne doit pas être transformé automatiquement en obligation de correction.
Ce qu’une équipe BIM peut en retenir
Ces premiers essais montrent déjà des possibilités concrètes, notamment dans la capacité à rapprocher les exigences d’un BEP, les données d’une maquette et les actions à entreprendre. Le potentiel de gain de temps ne se limite donc pas à l’automatisation d’une tâche isolée, mais concerne aussi l’analyse et la préparation des contrôles. Il reste à quantifier ce bénéfice dans des conditions réelles de production, en intégrant les vérifications nécessaires.
Pour un premier test, il serait pertinent de choisir quelques objets, un extrait daté du BEP, un résultat attendu connu et une méthode de vérification indépendante. Le temps à comparer doit inclure la préparation, les relances, les corrections et le contrôle final.
Pour les exigences répétées sur les livraisons IFC, les IDS (Information Delivery Specification) constituent une piste complémentaire : formaliser certaines règles vérifiables dans le fichier livré. Sébastien les évoque comme prolongement possible, sans en faire la démonstration ici.
La question n’est donc plus seulement « l’IA peut-elle agir dans Revit ? ». Les vidéos montrent que certaines actions sont possibles. Pour les professionnels, l’enjeu devient : comment justifier chaque écart, contrôler chaque modification et décider qu’un livrable est acceptable ?
À propos de Sébastien Russo
Ingénieur civil de formation, Sébastien Russo est ingénieur d’application et coordinateur BIM chez Mensch und Maschine Suisse depuis 2022. Il intervient aussi dans la formation d’adultes. Mensch und Maschine propose notamment la formation « Explorer l’IA dans Revit ».
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