[Décryptage] Quand les éditeurs parlent davantage de responsabilité que d'intelligence artificielle
Il y a encore peu de temps, les annonces autour de l'intelligence artificielle cherchaient surtout à impressionner. Une démonstration suffisait souvent à illustrer le potentiel d'un nouvel assistant ou d'une nouvelle fonctionnalité.
Le discours évolue.
Les démonstrations sont toujours là, mais elles ne suffisent plus. Dans les métiers de la construction, une réponse générée en quelques secondes n'a d'intérêt que si elle peut être vérifiée, expliquée et validée.
C'est ce qui ressort de la stratégie IA récemment présentée par GRAITEC.
Plus que les fonctionnalités elles-mêmes, c'est le vocabulaire employé qui interpelle. L'éditeur insiste sur la traçabilité, le déterminisme, le respect des règles de calcul ou encore la responsabilité des ingénieurs. Autant de notions qui traduisent une préoccupation devenue centrale : comment intégrer l'IA dans des métiers où chaque décision engage un projet, parfois pendant plusieurs décennies ?
Cette approche marque un contraste avec les premières communications autour de l'IA générative, largement centrées sur les gains de temps et les capacités de production.
Dans sa feuille de route, GRAITEC présente une évolution progressive. D'abord une IA qui assiste les utilisateurs, puis une IA qui automatise certains workflows, avant d'aller vers des fonctions de génération et d'optimisation. L'accent est mis sur une IA qui s'appuie sur les connaissances métier déjà présentes dans les logiciels plutôt que sur un remplacement des mécanismes de calcul existants.
Autre signal intéressant : la volonté affichée de permettre aux entreprises de développer leurs propres Skills. Derrière cette annonce se dessine une question qui dépasse largement un seul éditeur. À mesure que les assistants IA se généralisent, la différenciation viendra-t-elle encore des logiciels eux-mêmes, ou de la manière dont chaque entreprise encapsulera son propre savoir-faire dans ces assistants ?
Cette évolution ouvre également plusieurs interrogations. Comment ces automatisations seront-elles maintenues lorsque les normes évolueront ? Comment garantir leur cohérence entre plusieurs équipes ? Et surtout, comment mesurer leur fiabilité autrement qu'au travers de démonstrations ?
Ces réponses viendront avec les premiers retours d'expérience.
En attendant, cette annonce illustre peut-être une évolution plus large. Après une phase où les éditeurs devaient démontrer que l'IA était capable de produire, ils semblent désormais chercher à démontrer qu'elle peut être utilisée dans un cadre où la confiance compte autant que la performance.
C'est probablement sur ce terrain que se jouera la prochaine étape de l'intelligence artificielle dans la construction numérique et le BIM.
