ProjectSight arrive en France : Trimble réunit gestion documentaire et suivi de chantier sur une seule plateforme
Dix ans de plateformes collaboratives n'ont pas réglé le problème le plus banal du chantier : l'information ne remonte pas aussi vite qu'elle descend. Diffuser un plan, tout le monde sait faire. Savoir en temps réel si la réserve du R+2 a été levée, c'est une autre affaire. Entre les deux, il y a presque toujours un humain qui ressaisit : un OPC qui compile, un conducteur de travaux qui met en page, un rapport qui part par mail et qui est déjà obsolète à son arrivée.
Le marché français des plateformes de gestion de chantier est pourtant bien installé, entre acteurs historiques de la GED, spécialistes du suivi terrain et suites généralistes des grands éditeurs. L'enjeu n'est donc plus de convaincre qu'il faut une plateforme, mais de réduire les points de friction qui freinent encore son adoption au quotidien.
C'est sur ce terrain que Trimble lance désormais ProjectSight en France. L'éditeur fait deux paris. Le premier consiste à réunir gestion documentaire et suivi de chantier dans un même environnement, grâce à l'intégration native de Trimble Connect. Le second porte sur le modèle économique, pensé pour ne plus faire payer la collaboration des entreprises invitées. Une approche qui vise à limiter les ressaisies et à impliquer davantage l'ensemble des intervenants.
Ce que fait concrètement ProjectSight
Un portefeuille de projets, pas un outil par chantier
ProjectSight distingue le projet du portefeuille. Un administrateur (OPC, conducteur de travaux, pilote de maîtrise d'œuvre d'exécution) regroupe plusieurs projets et leur applique des configurations communes : statuts personnalisés, codes couleur, choix des onglets actifs. Une quinzaine de modules sont disponibles (réserves, tâches, communications, comptes-rendus, checklists, avis de sécurité), chacun pouvant être activé, désactivé ou renommé selon le vocabulaire du client. Amanda Trindade, ingénieure civile spécialisée en BIM management, aujourd'hui en avant-vente chez Trimble, illustre cette souplesse par un cas rencontré en clientèle : « J'ai déjà eu des clients dans les milieux industriels, où les mots sont différents du monde du bâtiment. L'avantage, c'est que vous pouvez vraiment renommer, paramétrer la plateforme. »
L'accès est filtré par rôle : chaque utilisateur voit uniquement les enregistrements qui le concernent. Ainsi, une entreprise invitée ne voit que ce qui lui a été attribué et n'a aucun accès aux données d'une autre entreprise.
La passerelle documentaire avec Trimble Connect
L'intégration native à Trimble Connect permet de consulter l'arborescence de plans et de maquettes sans changer d'espace de travail. La visionneuse prend en charge plusieurs formats, superpose les maquettes numériques et permet de créer des vues 3D annotées et partageables, en alternative aux captures d'écran envoyées par mail. Les rubriques BCF issues d'autres logiciels de l'écosystème Trimble, comme Tekla, s'y intègrent également.
Un point de conception assumé mérite d'être noté : le module de consultation des plans sur le terrain, disponible sur application mobile (smartphones et tablettes), assure aux équipes une expérience de travail 100 % hors ligne, fluide et sans coupure dans les zones blanches.
Le suivi terrain : réserves, checklists, comptes-rendus
Chaque annotation créée sur un plan est automatiquement classée dans l'onglet correspondant : une réserve dans le module réserves, une question dans le module communications. La comparaison entre deux révisions d'un même plan s'affiche en superposition colorée, avec un tampon « obsolète » appliqué automatiquement à la version périmée dès qu'une nouvelle révision est chargée.
Les comptes-rendus de réunion ne sont pas des documents isolés : chaque ligne peut être liée à une réserve, un BCF ou une vue 3D existants, ce qui évite de reconstituer manuellement le contexte d'un sujet évoqué en réunion. Les checklists, elles, sont entièrement paramétrables (listes déroulantes, champs texte, dates, signature) et se remplissent hors ligne sur tablette ou smartphone, avec prise de photo et saisie vocale directement associées à la question concernée.
Un modèle économique à contre-courant
Sur la plupart des plateformes du marché, chaque intervenant connecté coûte. Conséquence mécanique : on limite les accès aux équipes internes, les sous-traitants restent dehors, et l'information repasse par le mail, exactement le problème que la plateforme était censée résoudre.
Le modèle annoncé par Trimble prend le contre-pied : seuls les pilotes sont licenciés. Avec une licence, projets et stockage sont illimités, et les invitations gratuites le sont aussi. Un invité sans licence consulte les réserves qui lui sont attribuées, les commente, joint des photos, met à jour ses statuts si l'administrateur l'y autorise, remplit des formulaires et dépose des documents dans les dossiers qui lui sont ouverts.
Des accès gratuits, d'autres éditeurs en proposent. C'est le caractère illimité de l'ensemble, projets, stockage et invitations, que Trimble met en avant comme différenciateur. L'implication pratique, elle, mérite d'être dite clairement : quand le sous-traitant peut cocher « fait » et joindre sa photo lui-même, le rapport hebdomadaire ressaisi à la main perd sa fonction. Le rapport n'a jamais été un livrable ; c'était la photocopie périmée d'une base de données que personne ne partageait.
Nous avons posé la question à Amanda Trindade
Sur l'adoption, sujet qui fâche dans toutes les entreprises, nous avons interrogé Amanda Trindade, qui a passé sept ans sur le terrain avant de rejoindre Trimble : conductrice de travaux d'abord, puis synthèse BIM et OPC. Sa réponse est sans détour : « Le frein principal que je rencontre lors des démonstrations n'est pas technique, il est humain. C'est la résistance au changement et la peur que les équipes sur le terrain n'adhèrent pas. » Une appréhension qui vient, selon elle, d'entreprises qui n'ont jamais utilisé de plateforme ou qui ont été échaudées par des solutions trop rigides. Elle en a elle-même fait l'expérience à l'époque où elle était OPC : des rapports « déjà obsolètes au moment de leur diffusion », des réponses qui revenaient par mail, WhatsApp ou SMS, et un temps précieux perdu à tout ressaisir.
Côté marché français, les premiers clients sont en phase de déploiement. L'argument mis en avant par Trimble pour lever le frein de l'adoption : la formation à l'administration complète de la plateforme tient en deux jours, sans développement spécifique ni compétence informatique particulière. L'éditeur, qui développe le produit en interne, annonce vouloir pousser encore la centralisation des données bureau-terrain dans les prochains mois.
Un retour d'expérience partagé par Trimble
Au-delà de la démonstration produit, Trimble nous a communiqué le retour d'expérience d'une entreprise canadienne spécialisée en MEP, qui compte plus de 200 collaborateurs. En moins de trois mois, celle-ci a migré une vingtaine de projets actifs vers ProjectSight. Avec près de deux années d'utilisation, son bilan met en avant plusieurs bénéfices opérationnels.
Le premier concerne le rapport entre le coût de la solution et les usages couverts, que l'entreprise estime plus favorable que celui des outils précédemment utilisés. Le second touche à la traçabilité des opérations : décisions, validations et travaux réalisés restent centralisés dans la plateforme, facilitant le suivi des responsabilités plusieurs mois après la fin du chantier. Enfin, les équipes en charge de la maintenance accèdent directement aux dossiers conformes à l'exécution produits pendant les travaux, sans avoir à reconstituer les informations à partir de plusieurs sources.
Ce retour d'expérience reste celui d'un client présenté par Trimble, mais il illustre les usages que l'éditeur cherche à développer autour de la continuité entre conception, exécution et exploitation.
Ce qu'il faut en retenir
Avec ProjectSight, Trimble ne cherche pas seulement à ajouter une nouvelle plateforme de gestion de chantier à son catalogue. L'éditeur mise sur une approche où gestion documentaire, suivi terrain et collaboration s'appuient sur un environnement unique, tout en levant une partie des freins liés aux modèles de licences traditionnels.
Reste désormais à voir comment cette proposition trouvera sa place sur un marché français déjà bien équipé. Les premiers déploiements apporteront des éléments de réponse, notamment sur la facilité d'adoption par les entreprises, l'implication des sous-traitants et la capacité de la plateforme à s'intégrer dans des organisations existantes.
Pour les maîtres d'ouvrage, maîtres d'œuvre et entreprises qui évaluent ce type de solution, trois questions méritent d'être posées, quel que soit l'éditeur :
- Qui peut réellement participer à la plateforme sans générer de coûts supplémentaires ?
- Les équipes terrain peuvent-elles continuer à travailler efficacement en l'absence de connexion réseau ?
- Les données produites pendant le chantier restent-elles exploitables pour la maintenance, les opérations futures ou en cas de litige ?
ProjectSight apporte ses propres réponses à ces questions. Comme toujours, c'est leur validation sur des projets réels qui permettra d'en mesurer la portée.
En savoir plus
La page produit ProjectSight : fonctionnalités, tarification et contact commercial : https://cloud.pages.trimble.com/fr-prox-solution-gestion-de-projet
Revoir la démonstration complète de la plateforme (webinaire) : organisation, gestion documentaire et modules terrain en conditions réelles https://videos.trimble.com/construction/watch/T3GG4yBgpxerwcCBoQWbAk
Le retour d'expérience client en intégralité https://www.trimble.com/fr-fr/resources/construction/docs/dilfo-projectsight-case-study
Article réalisé en partenariat avec Trimble dans le cadre du lancement de ProjectSight en France. Conformément à la ligne éditoriale de HEXABIM, le choix de l'angle, l'analyse et la rédaction de cet article ont été réalisés de manière indépendante.
